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Bulletin 17 septembre 2017

Rancune et colère

« Rancune et colère, voilà des choses abominables. » nous dit le sage Ben Sira ce dimanche. La guérison passe par le pardon explique-t-il aussi. Et pourtant, nous savons que nous ne choisissons pas d’être en colère. C’est un sentiment qui nous habite, éveillé par tel ou tel événement, telle ou telle situation. Dire notre colère, à bon escient, permet souvent de redresser une situation tordue, de réajuster une relation mal embarquée.

Et pourtant, la colère resassée qui se transforme en rancune ou en haine est un poison de l’âme. J’aime à relire les mots d’Etty Hillesum dans son journal en 1941 : « Cela ne signifie que l’on baisse pavillon devant certaines idéologies, on est constamment indigné certains faits, mais rien n’est pire que cette haine globale, indifférenciée. C’est une maladie de l’âme. » (Une Vie Bouleversée, Seuil, Paris 1995 p18). Etty fut déportée à Auschwitz parce que juive en 1943. Elle refusait de se venger, de haïr ses persécuteurs. Ce n’était pas une lâcheté, mais le refus de se laisser intérieurement avilir par la haine des Nazis.

La sagesse de Ben Sira ou d’Etty peut nous aider encore aujourd’hui. Comment accueillir la ou les colères qui peuvent habiter nos cœurs, nos histoires, sans nous juger ? Comment écouter ce qu’elles peuvent dire de nos vieilles blessures ? Comment accueillir le pardon ? Comment entrer sur un chemin de guérison ?

Ben Sira nous donne encore une fois une clé : « Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ?  S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? » Il s’agit, comme Etty, de refuser la rancune, la haine, le jugement indifférencié. Ensuite, nous pourrons accueillir la miséricorde, le pardon. C’est un chemin de guérison, d’accueil de la vie.

                                                                                                                                     Pascal Boidin, Mariste